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15-05-2017

Un saint martyr bien de chez nous, européen avant l’heure - fêté le 15 mai

Il s’appelle Missolin, c’est son nom français ; il s’appelle aussi Visorio, c’est son nom espagnol.
Né en France, en vallée d’Aure, à Cadeilhan-Trachère autour de l’an 985. Il meurt décapité à San Vicente de Labuerda dans la province espagnole de Huesca. Un itinéraire hors du commun.

Comment ce gardien de moutons d’une humble maison d’un petit village de la Vallée d’Aure, la maison Tanouille, est-il devenu cette victime des Sarrasins - nom donné aux musulmans en ce temps-là - assassiné de manière tragique ?

Église de Cadeilhan-Trachère
Église de Cadeilhan-Trachère

N’oublions pas que la conquête musulmane fut une réalité bien présente en ces temps reculés du Haut Moyen-Âge. Triple bataille entre Ancizan et Cadéac (villages proches de Cadeilhan-Trachère), au Camp Batalhé (le champ de bataille). Les Maures - c’est ainsi qu’on les appelait aussi - furent vaincus, victoire que les chrétiens attribuaient à saint Exupère, un autre saint local.

Missolin ne resta pas passif face au danger : il devint soldat pensant d’abord qu’en défendant un territoire qui lui était cher, il défendait conjointement un Dieu qui lui était cher : le Dieu des chrétiens. Il s’enrôla dans l’armée auroise de Sanche III, Roi de Navarre.

Mais, combattre pour la bonne cause en utilisant la violence des armes, est-ce finalement la guerre sainte que veut le Seigneur des chrétiens ?

Brusque changement de cap : Missolin se lancera dans un autre combat, il s’agit du combat où la recherche de Dieu et de la victoire contre le mal s’appuie sur la seule prière, la seule arme vraiment évangélique, le seul absolu qui vaille la peine.

C’est alors un changement radical de vie. Missolin quitte la vallée d’Aure et se rend sous d’autres cieux, du côté espagnol, à la recherche d’un maître spirituel qui l’aidera à vivre cette mue. Tout seul, sans aide sur le chemin qui mène à Dieu, c’est courir le risque de se perdre, se tromper.

Il rencontre le vénérable ermite Froilan qui vit dans une grotte près de San Vicente de Labuerda. Accompagnement spirituel et retrouvailles avec le métier d’antan, celui de pasteur de moutons (du troupeau de l’ermite).
Visorio peut enfin réaliser son rêve de jeunesse lorsqu’il avait commencé à apprendre le latin dans son petit village de la Vallée d’Aure afin de se consacrer totalement aux choses de Dieu.

Naît alors en lui le désir de devenir prêtre pour s’identifier plus totalement à Jésus Christ, le grand prêtre par excellence. Il retourne alors vers son diocèse d’origine pour recevoir la prêtrise. Allées et venues qui ignoraient en ce temps-là les limitations territoriales. D’ailleurs l’Église n’est-elle pas universelle faisant fi des frontières ?

Église de San Vicente de Labuerda
Église de San Vicente de Labuerda

Après l’ordination il retourne auprès de l’ermite qui bientôt mourra.
C’est une nouvelle étape qui commence alors pour lui, tout à la joie de devenir pasteur des âmes et pas seulement des moutons, de pouvoir célébrer la messe, assisté de deux jeunes enfants de chœur : Clément et Firmin. Rendez-vous fréquents là-haut dans la petite chapelle de la montagne, à l’écart du village, plus proche du ciel.

Mais l’ennemi est toujours aux aguets, rêvant de vengeance. Un matin que le prêtre célébrait, assisté de ses deux servants, c’est l’assaut sanglant en pleine messe de la part d’une bande de musulmans fanatiques profanant ainsi le lieu saint.
Saint Visorio avait été auparavant dépouillé de ses vêtements sacrés, les mains liées, il avait fait calmement l’offrande de sa vie, invitant ses jeunes acolytes à faire de même.
Trois cadavres jonchèrent le sol de la petite chapelle, providentiellement recouverts d’une couche de terre les protégeant d’éventuelles attaques d’animaux.

Combien nous vont droit au cœur ces événements tragiques !
On ne peut que les rapprocher d’autres faits divers célèbres comme l’assassinat au XXe siècle au Salvador, de Monseigneur Roméro en pleine eucharistie, et, plus près de nous, en France, la mort du Père Hamel victime de musulmans fanatiques à la fin d’une messe en semaine.

Les martyrs selon la théologie traditionnelle jouissent dès leur mort des récompenses célestes et les croyants de cette époque en verront la confirmation indiscutable en apercevant, s’élevant vers le ciel au-dessus de la chapelle, de hautes flammes. Convaincu de la sainteté des trois victimes, le peuple de Dieu se rendra en procession à la chapelle de la montagne. On retrouvera les trois corps dont les reliques seront placées dans l’église San Vicente pour recevoir l’hommage de vénération des fidèles.

Au pied de l’ermitage de San Visorio, une source considérée comme miraculeuse jaillira, exprimant ainsi la victoire sans équivoque de la vie sur la mort.

On appellera même "Missoline" une cloche servant à éloigner des récoltes la foudre et la grêle.

Plaque à Saint Missolin

À la chapelle de Cadeilhan-Trachère, une relique sera aussi déposée en 1978 et chaque année, fin août, la communauté chrétienne espagnole se déplace pour venir l’honorer.

Nous trouvons ainsi dans cette belle histoire, avec les enjolivures propres aux récits légendaires, un exemple de fraternité vécue. C’est déjà l’Europe chrétienne en marche, défiant les frontières. Les échanges entre les deux paroisses jumelées, celle de Saint Lary et celle de San Vicente, sont très conviviaux.

Missolin se présente de nos jours comme une figure attachante, modèle de prêtre qui périt sur l’autel du sacrifice, identifié totalement au grand prêtre Jésus de Nazareth victime innocente injustement livrée à la vindicte publique. Il est mort comme beaucoup de victimes qui font de nos jours la Une des journaux. Il mérite d’être honoré, vénéré.

Demandons à San Visorio - Saint Missolin, de réveiller notre foi assoupie, demandons-lui vaillance et courage pour savoir livrer le bon combat de la non-violence évangélique.

Saint Missolin intercède pour nous.

Petite sœur Marie-Christine Lacroix (Azet)


13-11-2015

Des petits clins d’œil sur les routes d’Azet

Notre pays et tout particulièrement notre région sont riches d’un patrimoine religieux qui atteste que nos ancêtres ont donné au Seigneur et à la foi chrétienne une place importante dans leur vie. Les chapelles de nos montagnes recèlent des joyaux artistiques qui nous parlent de Dieu, de la mère de Dieu, des saints, de la passion du Christ.

La Pastorale du tourisme a pris l’engagement, partout où c’est possible, de redonner vie à ces « signes » sur les routes : croix des chemins, petits oratoires, statues en tous genres, souvent hélas en piteux état.

Ce sont de petits clins d’œil sur la route qui rappellent au passant que le Seigneur n’a pas été toujours absent de la vie du monde et qu’il est notre compagnon de route. Grâce aux sentiers de grandes randonnées très fréquentés, combien de vaillants marcheurs assoiffés de beauté, de silence et d’une religiosité diffuse ! Ils sont toujours prêts à s’arrêter pour saluer Sainte Marie « la première en chemin », Saint Roch et son chien compatissant qui lui lèche les plaies, Saint Blaise, le saint guérisseur qui veille sur les troupeaux et les bras ouverts de notre Dieu d’amour.

Ces œuvres ne sont pas toujours de grande valeur artistique, mais les natifs se souviennent avec émotion des processions d’antan pour les rogations et les fêtes du 15 août. On s’y arrêtait pour rendre hommage au Créateur, avec une naïveté confiante ; c’est là un grand témoignage de foi populaire.

Le pape Benoît XVI dans un discours devant un groupe d’artistes le 21 nov. 2009 disait : « la beauté artistique rappelle à l’homme son destin ultime, le remplit d’une espérance nouvelle, lui donne envie de vivre à fond le don de l’existence... elle lui donne envie d’un au-delà. ».

Beau programme prometteur !

Soeur Marie-Christine (Azet)


16-07-2015

Évidemment, ce n'est pas Charles Péguy qui nous a fait parvenir ce texte ! On aurait bien aimé...
Merci à vous de nous en avoir proposé la lecture :

J'ai rêvé de quelque chose de plus ...

Je regarde mes fils en vacances, dit Dieu,
Parce que c'est moi qui les ai créés à mon image,
Et même quand ils se reposent, ils sont à ma ressemblance.
Moi aussi, après la création, j'ai pris le loisir
De regarder mon oeuvre et me suis reposé.
Je suis pour le repos, dit Dieu.
Bien entendu, le repos après le travail dont j'ai donné l'exemple.
Et mon Fils Jésus, au temps où il maniait la varlope à Nazareth,
Vous croyez qu'il ne se reposait pas avec joie ?
C'est pourquoi j'aime que vous soyez en vacances.
Quand je vous vois incapables de rester en place, dit Dieu,
À tourner et tournoyer comme des fourmies en déroute,
Je me dis que vos vacances, au fond, ce n'est pas un repos.
Cette agitation, c'est même un piège du malin
Qui vous empêche de penser à vous, et aux autres
Et à moi qui suis votre Père du ciel.
Je regarde mes fils en vacances, dit Dieu, et je ne trouve pas
Qu'ils aient tellement l'air d'être en vacances.
Mais je ne trouve pas non plus qu'ils aient l'air d'être mes fils.
Sur les plages, qui sont belles et si bonnes
- je le sais bien, moi qui les ai faites -
Ils sont là étendus,
Et malgré la clarté de mon soleil, ce n'est pas un joyeux tableau.
Ils me font penser à ces pauvres gens dont mon fils a eu pitié,
Autrefois en Palestine,
Las et prostrés comme un troupeau abandonné.
Je n'ai rien contre les corps bronzés et les bains de soleil, dit Dieu.
Le soleil je l'ai créé moi-même.
Et l'homme, et aussi la femme, je les ai vus au printemps du monde
Au temps de leur innocence,
Aller et venir, sur la terre, comme ils étaient nés...
Et ça ne m'offusquait pas.
Mais ce que je n'aime pas dans ces multitudes,
C'est qu'elles s'ennuient
Et qu'elles ont l'esprit vide.
On dirait que ces âmes aussi sont parties en vacances,
Abondonnant les corps sur le sable comme les poissons échoués.
Et ça, dit Dieu, ça ne me plait pas.
Boire, manger, dormir, se multiplier, dit Dieu,
Je n'en demande pas plus aux animaux que j'ai créés.
Mais pour l'homme,
Qui est mon fils,
J'ai rêvé de quelque chose de plus,
Même et surtout quand il est en vacances.

Charles Péguy


03-07-2015

Un moment jubilatoire dans la splendeur estivale

Dimanche 28 juin, dans la petite église d'Ens, au sein de l'écrin des montagnes, nous avons connu une heure inoubliable. C'était l'Association qui veille sur le patrimoine religieux d'Ens qui nous présentait, avec le groupe Arcal d'Arreau, l'audition de larges extraits du Stabat Mater de Pergolèse.
Stabat Mater : la mère vaillante au pied de la croix où agonise son fils. Elle est là, présence de densité d'amour que les Pietà si nombreuses dans les chapelles des vallées pyrénéennes expriment si merveilleusement. Pietà pathétique de l'église Ste Marie à St Lary, Pietà de Vielle Aure, Pietà de l'église d'Azet, etc... Difficile de toutes les énumérer.

On aurait pu s'attendre à un concert de lamentations, car la douleur d'une mère n'a pas de prix. Eh bien non ! Ce concert exultait de vie jaillissante, les sept chanteuses aux voix splendides regorgeant de vitalité, de joie de vivre et exprimant magnifiquement par leur façon de chanter que, en terre chrétienne, la mort et la souffrance débouchent sur une formidable victoire : celle de la résurrection. Ces chanteuses debout devant le public bouche bée étaient comme électrisées par le chef de choeur une femme toute en nerfs maîtrisant parfaitement son choeur, sautillant au-dessus de sa partition tant elle faisait corps avec la musique. Virtuosité aussi des trois musiciennes : flûte traversière, violon, violoncelle. Les trois entièrement habitées par la musique. C'était beau à voir et à entendre. L'art chrétien nous arrache au "somnambulisme du quotidien" comme l'exprime une belle méditation d'Olivier Clément (voir fascicule à la disposition des visiteurs, cet été, à la chapelle Ste Marie). Oui comme le souligne le poète, l'art est un éveil "qui rend nos joies solaires et nos blessures saignantes". Je m'autorise ce rapprochement entre musique et poésie par le plaisir intense goûté à Ens.

Et puis comme faisait Jésus après les guérisons, pour célébrer la vie retrouvée, on nous a conviés à une collation à la fin du concert, dans le merveilleux petit cimetière d'Ens. "Donnez-lui à manger" nous a dit Jésus dimanche dernier en nous racontant la guérison de la fille je Jaïre. Cette gamine est de nouveau pleine de vie et pas question de séparer les besoins du corps et ceux de l'âme.

Merci aux artistes et aux organisateurs de cet événement. Merci.

L'Amen final du Strabat Mater comme une apothéose sonore fut bissée. On ne l'oubliera pas.

Soeur Marie-Christine (Azet)

Église d'Ens
Église d'Ens


17-06-2015

En vallée d'Aure et Louron, redécouvrons les croix, les oratoires, les montjoies.

Témoignages de foi.

Soyons attentifs aux signes du Christ !

à la croisée des chemins, près de la vieille demeure familiale, au sommet de la montagne, au bord du champ, une croix, une statue, une montjoie, un oratoire. Remarquables de beauté artistique ou toute simple, ces signes érigés par les générations qui nous ont précédées sont témoignages de foi et invitent à la vénération.

L'équipe diocésaine de la Pastorale du Tourisme et des Loisirs, en lien avec la commission diocésaine d'art sacré, vous invite à être "attentifs à ces signes".

Prenez-les en photos, notez leurs emplacements géographiques, recherchez leurs histoires (l'auteur, l'événement qui y est lié, la date de bénédiction) et envoyez vos trouvailles à l'adresse mail suivante :

eglise.aurelouron_at_free.fr

Une oeuvre de mémoire pour renouveler notre foi. Certains de ces signes ont besoin de restauration. Quelques images des autres pourraient donner lieu à une exposition diocésaine.

Des signes pour dire que Dieu habite chez les hommes ... aujourd'hui.

Des signes pour dire que Jésus est présent sur les cheminements de ce jour.

Croix de Vignec
Croix de Vignec

Pastorale du Tourisme du Diocèse de Tarbes et Lourdes.


11-04-2015

Saint étienne et l'église d'Ens

St Etienne


10-04-2015

Avec Marie, prenons de la hauteur.

Le village d’AZET se trouve sur la hauteur, à presque 1200 m, c’est une bonne idée d’avoir dédié son église à Marie sous le vocable de Notre-Dame de l’Assomption.
Marie montée au ciel consacrant ainsi la Femme victorieuse des adversités terrestres, femme glorieuse parce qu'humble. Le nom d’Azet a quelque chose à voir avec l’humilité : selon l’étymologie, le nom du village viendrait de AZOU (=âne en patois).

Le village des ânes, car, avant la construction des routes, l’âne était un animal très précieux pour le transport des marchandises (le dernier âne du village est mort de sa belle mort en 1974). L’âne fut aussi le fidèle compagnon de la Vierge Marie dans ses pérégrinations terrestres.

L’église a été érigée sur l’emplacement des fortifications qui furent construites en des temps reculés, pour se soustraire du joug romain (chronique d’Aure de 1480).

Azet s’enorgueillissait, malgré l’humilité de ses origines, d’avoir été le siège d’un archiprêtre, autorité religieuse locale, mais aussi grand seigneur à qui les villageois devaient payer la dime (au moment des moissons, on comptait les gerbes et chaque dixième revenait au curé).

L’église est romane, son ancienneté attestée (1080) et malgré les vicissitudes des temps, il reste, mises à jour en 1995-96, d’authentiques peintures murales qui avaient été recouvertes d’un enduit de plâtre.
On peut signaler, dans cette petite église, bien des caractéristiques intéressantes. On peut s’arrêter sur le vocable de Notre-Dame de l’Assomption et noter l’omniprésence de Marie. En cela l’église d’Azet ressemble à bien d’autres églises de la vallée où le culte marial est très présent.

Combien de statues de Marie ! Le bijou à mon sens c’est la Pietà du XVIème nichée dans l’écrin de l’armoire eucharistique où le Fils l’avait devancée comme occupant du lieu avant de regagner le tabernacle du retable au XVIIème siècle.

Voilà Marie dans sa fonction de mère, mais de mère douloureuse, car elle tient sur ses genoux, son fils mort.
Visage rude de paysanne à qui la vie n’a pas fait de cadeaux, incarnation de la femme forte des montagnes. Le monument aux Morts au fond de l’église le rappelle : 20 chefs de famille sont morts dans la boucherie de la 1ère guerre mondiale, c’est le plus fort pourcentage des villages de la vallée d’Aure. Oui la vie était bien précaire pour nos ancêtres et l’on comprend l’importance qu’avaient les saints guérisseurs en cas d’épidémies. à Azet c’est Saint Roch avec son chien facile à identifier, au fond de l’abside à droite.

Dans le maître autel, au-dessus du tabernacle c’est encore Marie qui est là, digne, assise avec l’enfant dans ses bras encore vivant. Marie ne se sépare pas de son fils. La croix de procession du XVIIème siècle est une croix biface, comme en particulier dans le cimetière de Vielle-Aure. D’un côté de la croix, c’est la mère et au revers c’est le fils. On m’a dit qu’ici autrefois la distinction homme femme était tellement forte dans la société, que lors des enterrements, s’il s’agissait d’une femme, la croix était tournée côté Marie et s’il s’agissait d’un homme, le côté présenté était celui du Christ.

La peinture murale offre sur la paroi de droite, une belle représentation de Marie dans sa gloire (fin du XVème). Peinture à deux étages en quelque sorte.

En bas Marie repose dans la mort (c’est la Vierge de la dormition si chère aux chrétiens orthodoxes). Et au-dessus, s’élevant dans une envolée d’anges, Marie montant corps et âme vers le haut.

Le mot assomption ne doit pas être confondu avec le mot ascension pourtant d’une réalité proche.

Assomption vient du latin "assumere" qui veut dire prendre, enlever. Marie quitte l’orbite terrestre nous ouvrant, dans le sillage de son fils, la porte du ciel. On a cherché à savoir quelle avait été la divinité païenne invoquée en ce village avant l’ère chrétienne car ces lieux d’occupation humaine très ancienne avaient chacun leur divinité. On se perd en conjectures. On a trouvé dans une maison d’Azet une inscription ancienne qui est maintenant conservée dans la demeure de la famille de Lassus à Montréjeau " ô Dieu de Lassus …"
En patois Lassus (la-sus) = ce qui est en haut.
Serait-ce déjà, avant Marie, une divinité tournée vers le haut ? Pourquoi pas.

Dans le dogme de l’Assomption de Marie, dogme catholique promulgué tardivement (en 1950 par Pie XII après une consultation auprès des évêques du monde entier qui y étaient favorables à 90%), notre Sainte église n’a fait qu’entériner une croyance populaire fortement enracinée depuis des siècles.

C'est le magistère s’inclinant devant la foi du peuple de Dieu ! Aussi Marie sera-t-elle, comme dans beaucoup d’endroits, la sainte patronne vénérée à Azet sous le vocable de Notre-Dame de l’Assomption. Elle est fêtée le 15 août bien sûr. Un proverbe local dit d’ailleurs "Quand Notre Dame passe (fête du 15 août), la terre se glace" car le froid peut vite s’installer à la fin de l’hiver sur les hauteurs d’Azet. Il y aurait bien d’autres découvertes à faire dans notre église d’Azet.

À côté de la figure de Marie, figure centrale du Nouveau Testament, nous trouvons la figure ultime de l’Ancien Testament : Jean-Baptiste. Dans l’église, il y a aussi un cadre d’une belle peinture de Jean baptisant Jésus et en face de l’entrée latérale, sur la paroi de gauche, une peinture murale avec une interprétation théologique intéressante du baptême de Jésus, puisque nous voyons Jean-Baptiste offrant l’eau du baptême dans une coupe qui est déjà peut-être la coupe amère du jardin des Oliviers ou encore la coupe du repas eucharistique.

On peut rapprocher cette peinture de la statue se trouvant au fond de l’abside, sur le mur de gauche, présentant une figure assez rare de Jésus-prêtre, assis, tenant une coupe dans ses mains XVIème siècle.

Enfin nous rencontrons dans l’absidiole de gauche, presque cachée, une partie de la fresque en partie effacée du festin d’Hérode qui fut suivi de la décapitation de Jean-Baptiste au terme d’une promesse de repas arrosé.

Jean le Baptiste et la vierge Marie se croisent donc, dans la mort et dans la vie dans cette petite église d’Azet où des générations de bergers et de paysans, sans beaucoup d’instruction, ont pu nourrir leur foi dans une catéchèse de la beauté en images. Comme l’a écrit un écrivain chrétien orthodoxe en parlant des icônes : "La beauté est une fenêtre ouverte sur le Royaume de Dieu qu’elle anticipe".

Aimons et préservons notre patrimoine culturel et religieux

Soeur Marie-Christine


20-03-2015

Marie-Thérèse a demandé que l'on ne parle pas trop d'elle, mais maintenant qu'elle est auprès du Seigneur, je pense qu'elle me pardonnera si je dis quand même quelques mots pour exprimer ce que les uns et les autres nous portons dans le cœur.

Soeur Marie-Thérèse

Marie-Thérèse est rentrée dans la vie religieuse en 1957 sur les traces du bienheureux Charles de Foucauld ; tout d'abord dans la Fraternité des Petites Sœurs de Jésus où elle a passé plusieurs années au Liban. En 1964, elle a participé à la fondation des Petites Sœurs de l'évangile et elle a été principalement au Venezuela dans la forêt amazonienne parmi les populations indiennes. Marie-Thérèse était restée très marquée par ces temps de rencontre et de partage avec d'autres cultures et elle en parlait souvent.

En 1972, elle est arrivée à Azet... il y a 43 ans maintenant ! Et je voudrais commencer par une petite anecdote : Marie-Thérèse, qui était très bricoleuse et qui a fait elle-même de nombreux travaux dans la maison (avec notre aide plus ou moins efficace !) a construit avec les petites sœurs novices, le garage ; l'histoire dit que des hommes du village ont commenté que ce garage ne passerait pas l'hiver... il est toujours debout même si les poutres commencent sérieusement à plier !

Je crois que, comme le garage, Marie-Thérèse était une femme solide, avec une volonté de fer ; un caractère entier qui parfois pouvait heurter un peu. Si je devais la définir avec un seul mot, je dirais : fidélité. Elle avait un sens très aigu de la fidélité dans l'amitié. Trop aigu, peut-être, car dès que pouvait apparaître une ombre à cette amitié, Marie-Thérèse en souffrait profondément même si elle ne le montrait pas toujours ; très sensible, elle pouvait en devenir parfois vulnérable. Mais sa solidité en même temps que sa fragilité est ce qui la rendait attachante.

Marie-Thérèse était très attachée au village d'Azet et à la vallée d'Aure ; quant au mois d'octobre, nous avons dû prendre la décision, à cause de son état de santé, de la faire rentrer dans une maison médicalisée, elle avait du mal à comprendre ; elle aurait voulu rester dans son village. Aussi, malgré l'éloignement, nous avons voulu aujourd'hui la ramener « chez elle » et sa famille s'est unie à cette décision malgré un long voyage pour venir jusqu'ici.

Durant ces 42 années dans la vallée, vous avez souvent vu Marie-Thérèse sillonner les routes par tous les temps, d'abord pour son travail d'aide-ménagère auprès des personnes âgées, mais aussi pour partager la Bonne Nouvelle de l'évangile ; elle avait un grand amour de la Parole de Dieu et elle aimait partager sa foi. Elle savait maintenir un équilibre entre une vie de prière profonde et l'évangélisation. Je reconnais aujourd'hui, dans cette église, de nombreux visages de personnes qui ont participé aux groupes de partage d'évangile dans différents villages ou aux groupes d'approfondissement de la foi. Je pense aussi aux préparations de baptême que Marie-Thérèse a continué jusqu'à l'été dernier avec une petite équipe qui continue aujourd'hui. Marie-Thérèse était un élément moteur dans la vie du secteur ; elle tenait tellement à l'unité entre tous. Je sais qu'elle vivait comme une profonde angoisse cet appel de Jésus : « c'est à l'amour que vous aurez les uns pour les autres qu'on vous reconnaîtra comme mes disciples ». Pour elle c'était ce qui était le plus important au risque peut-être parfois de se montrer trop critique par rapport à certaines orientations pastorales.

Je laisse maintenant à chacun de faire revivre dans son cœur ce qu'il a vécu avec Marie-Thérèse et je veux simplement rajouter quelques mots de la dernière étape de Marie-Thérèse en région parisienne dans une maison de retraite médicalisée.

Marie-Thérèse n'y aura passé que 3 mois et demi. Si son départ d'Azet a été tellement douloureux pour elle, je puis témoigner et d'autres soeurs avec moi, sa famille aussi, que Marie-Thérèse a mis tout son courage et sa volonté pour vivre cette nouvelle étape dans une grande attitude d'abandon et de pauvreté de cœur. Elle a été très aidée par tous vos témoignages de proximité, les téléphones, les lettres. Nous avons reçu de nombreux témoignages de résidents du Centre, du personnel, nous disant combien en peu de temps ils s'étaient attachés à Marie-Thérèse qui était toujours attentive à chacun et en particulier aux plus démunis.

Marie-Thérèse savait qu'elle se préparait à courte échéance à la rencontre avec le Seigneur et elle vivait cette étape dans une grande sérénité même si elle disait souvent « dans combien de temps ?» ; et bien le Seigneur n'a pas tardé à l'appeler auprès de Lui et elle a rejoint maintenant notre fraternité du ciel.

Soeur Armelle et sa communauté

Voir les dernières photos de l'au revoir à Soeur Marie-Thérèse à Azet et son message d'adieu


29-12-2014

Crèche et vitraux à Gouaux

Nous avons eu envie, Chantal Godechot et moi même, d'ouvrir notre belle église de Gouaux, de 14h00 à 20h00, le 24 décembre et d'inviter les enfants du village ainsi que les adultes à se joindre à nous pour préparer la crèche de Noël.

Depuis de nombreuses années, cette crèche, construite il y a très longtemps par un homme de notre village, Monsieur Forgues, attendait sagement que des mains d'enfants lui redonnent vie...

à notre grande joie, la porte ouverte a permis à quatre enfants, puis à cinq d'entrer dans l'église où nous les espérions !

Les santons ont été disposés selon l'évangile raconté par Chantal Godechot et Jean-François Balmary, notre diacre, qui nous a fait la joie de sa présence.

à la fin de ce beau moment, une dizaine de veilleuses dansaient à l'entrée de la crèche !

Le soir, juste avant la fermeture de la porte, plus de trente flammes brûlaient, lumineuses, joyeuses comme cette première journée "église ouverte".

Nous recommencerons l'année prochaine, portées par l'enthousiasme que cette "ouverture" a suscité.

Nous remercions très chaleureusement l'abbé Tisné pour ses encouragements, le maire de notre village, Michel Chazottes, pour les vitraux mis en valeur par un éclairage nocturne, Marie-Hélène Balmary pour son aide précieuse, les enfants, magnifiques de candeur et de pureté et tous ceux qui nous ont fait confiance.

Bernadette Viboud-Rossi


13-12-2014

Qui est-il celui-là ?

Lorsque nous entrons dans l’église paroissiale de Saint Lary, notre attention est attirée, outre la peinture murale centrale imposante du Christ, par les deux retables latéraux : à gauche celui de la Vierge, à droite celui qui présente au centre, la statue de Saint Hilaire.

St Hilaire
Saint Hilaire

Qui est-il, celui-là ?

Il est mort en 367 à Poitiers, à peine âgé de 52ans et même s’il n’est pas le patron officiel de notre paroisse, il a quelque chose à voir avec elle, à cause de l’appellation de Saint Lary.
En effet le nom d’Hilaire fut déformé dans le sud de la France en Lary. Il y a en France 78 communes qui l’ont choisi comme St Patron.

Hilaire vient du latin "hilaris" qui signifie joyeux (pensons à l’adjectif hilare).
Ce nom d’Hilaire aurait-il prédisposé notre Saint à la joie de vivre ?
Difficile de l’affirmer, mais ce personnage des premiers temps du christianisme (IVème siècle) offre une vie riche en péripéties.

Tout d’abord signalons, fait impossible de nos jours, qu’il fut propulsé évêque de Poitiers à peine s’était-il converti à la foi chrétienne, recevant le baptême alors qu’il avait 35 ans.

Le baptême fut la grande affaire de sa vie, il parle beaucoup de ce sacrement dans ses écrits qui ont été conservés. Dans une catéchèse baptismale, il dit ce qui suit : «  Après le bain d’eau, l’Esprit Saint vole sur nous du haut du ciel et adoptés par la voix du Père, nous devenons fils de Dieu » [Saint Hilaire catéchèse baptismale CCP 118].
Belle idée d’avoir mis les fonts baptismaux au bas de la statue de Saint Hilaire, face au retable de l’église paroissiale !

Après son baptême, il est au comble de la joie : « C’est une nouvelle naissance et nous éprouvons une grande joie » [Saint Hilaire commentaire du Ps 64].

Son diocèse, immense couvrait l’équivalent de trois départements français. En ce temps-là, la Gaule était sous occupation romaine. Notre évêque dut batailler vaillamment pour défendre la vraie foi face aux religions polythéistes païennes alors en vigueur et surtout face aux hérésies dont la plus importante était l’hérésie Ariane qui minimisait l’humanité du Christ au profit de sa divinité.

Il défendit avec force un Dieu unique pleinement homme et pleinement Dieu même si trinitaire. Cela lui valut de connaître l’exil pendant presque 4 ans hors de son diocèse, exil qu’il passa à Constantinople (l’actuelle Turquie). Il dérangeait l’ordre établi. Il revint pourtant finir sa vie à Poitiers après avoir essayé de maintenir le dialogue avec ceux qui ne partageaient pas ses idées.

Ferme, mais ouvert, il passait pour « doux et paisible ». On peut retenir de lui la mise en garde suivante qui n’a rien perdu de son actualité « Nous vivons dans une sorte de torpeur à cause de notre engourdissement » [Saint Hilaire, traité sur la trinité], et l’invitation à sortir de notre passivité « Il faut sans cesse interroger beaucoup de chemins et en fouler beaucoup pour trouver le seul qui soit bon » [Saint Hilaire commentaire Ps 127].

Merci Saint Hilaire pour ce conseil. Tu mérites, vraiment le titre de docteur de l’église qu’on t’a donné.

Soeur Marie-Christine