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10-04-2015

Avec Marie, prenons de la hauteur.

Le village d’AZET se trouve sur la hauteur, à presque 1200 m, c’est une bonne idée d’avoir dédié son église à Marie sous le vocable de Notre-Dame de l’Assomption.
Marie montée au ciel consacrant ainsi la Femme victorieuse des adversités terrestres, femme glorieuse parce qu'humble. Le nom d’Azet a quelque chose à voir avec l’humilité : selon l’étymologie, le nom du village viendrait de AZOU (=âne en patois).

Le village des ânes, car, avant la construction des routes, l’âne était un animal très précieux pour le transport des marchandises (le dernier âne du village est mort de sa belle mort en 1974). L’âne fut aussi le fidèle compagnon de la Vierge Marie dans ses pérégrinations terrestres.

L’église a été érigée sur l’emplacement des fortifications qui furent construites en des temps reculés, pour se soustraire du joug romain (chronique d’Aure de 1480).

Azet s’enorgueillissait, malgré l’humilité de ses origines, d’avoir été le siège d’un archiprêtre, autorité religieuse locale, mais aussi grand seigneur à qui les villageois devaient payer la dime (au moment des moissons, on comptait les gerbes et chaque dixième revenait au curé).

L’église est romane, son ancienneté attestée (1080) et malgré les vicissitudes des temps, il reste, mises à jour en 1995-96, d’authentiques peintures murales qui avaient été recouvertes d’un enduit de plâtre.
On peut signaler, dans cette petite église, bien des caractéristiques intéressantes. On peut s’arrêter sur le vocable de Notre-Dame de l’Assomption et noter l’omniprésence de Marie. En cela l’église d’Azet ressemble à bien d’autres églises de la vallée où le culte marial est très présent.

Combien de statues de Marie ! Le bijou à mon sens c’est la Pietà du XVIème nichée dans l’écrin de l’armoire eucharistique où le Fils l’avait devancée comme occupant du lieu avant de regagner le tabernacle du retable au XVIIème siècle.

Voilà Marie dans sa fonction de mère, mais de mère douloureuse, car elle tient sur ses genoux, son fils mort.
Visage rude de paysanne à qui la vie n’a pas fait de cadeaux, incarnation de la femme forte des montagnes. Le monument aux Morts au fond de l’église le rappelle : 20 chefs de famille sont morts dans la boucherie de la 1ère guerre mondiale, c’est le plus fort pourcentage des villages de la vallée d’Aure. Oui la vie était bien précaire pour nos ancêtres et l’on comprend l’importance qu’avaient les saints guérisseurs en cas d’épidémies. à Azet c’est Saint Roch avec son chien facile à identifier, au fond de l’abside à droite.

Dans le maître autel, au-dessus du tabernacle c’est encore Marie qui est là, digne, assise avec l’enfant dans ses bras encore vivant. Marie ne se sépare pas de son fils. La croix de procession du XVIIème siècle est une croix biface, comme en particulier dans le cimetière de Vielle-Aure. D’un côté de la croix, c’est la mère et au revers c’est le fils. On m’a dit qu’ici autrefois la distinction homme femme était tellement forte dans la société, que lors des enterrements, s’il s’agissait d’une femme, la croix était tournée côté Marie et s’il s’agissait d’un homme, le côté présenté était celui du Christ.

La peinture murale offre sur la paroi de droite, une belle représentation de Marie dans sa gloire (fin du XVème). Peinture à deux étages en quelque sorte.

En bas Marie repose dans la mort (c’est la Vierge de la dormition si chère aux chrétiens orthodoxes). Et au-dessus, s’élevant dans une envolée d’anges, Marie montant corps et âme vers le haut.

Le mot assomption ne doit pas être confondu avec le mot ascension pourtant d’une réalité proche.

Assomption vient du latin "assumere" qui veut dire prendre, enlever. Marie quitte l’orbite terrestre nous ouvrant, dans le sillage de son fils, la porte du ciel. On a cherché à savoir quelle avait été la divinité païenne invoquée en ce village avant l’ère chrétienne car ces lieux d’occupation humaine très ancienne avaient chacun leur divinité. On se perd en conjectures. On a trouvé dans une maison d’Azet une inscription ancienne qui est maintenant conservée dans la demeure de la famille de Lassus à Montréjeau " ô Dieu de Lassus …"
En patois Lassus (la-sus) = ce qui est en haut.
Serait-ce déjà, avant Marie, une divinité tournée vers le haut ? Pourquoi pas.

Dans le dogme de l’Assomption de Marie, dogme catholique promulgué tardivement (en 1950 par Pie XII après une consultation auprès des évêques du monde entier qui y étaient favorables à 90%), notre Sainte église n’a fait qu’entériner une croyance populaire fortement enracinée depuis des siècles.

C'est le magistère s’inclinant devant la foi du peuple de Dieu ! Aussi Marie sera-t-elle, comme dans beaucoup d’endroits, la sainte patronne vénérée à Azet sous le vocable de Notre-Dame de l’Assomption. Elle est fêtée le 15 août bien sûr. Un proverbe local dit d’ailleurs "Quand Notre Dame passe (fête du 15 août), la terre se glace" car le froid peut vite s’installer à la fin de l’hiver sur les hauteurs d’Azet. Il y aurait bien d’autres découvertes à faire dans notre église d’Azet.

À côté de la figure de Marie, figure centrale du Nouveau Testament, nous trouvons la figure ultime de l’Ancien Testament : Jean-Baptiste. Dans l’église, il y a aussi un cadre d’une belle peinture de Jean baptisant Jésus et en face de l’entrée latérale, sur la paroi de gauche, une peinture murale avec une interprétation théologique intéressante du baptême de Jésus, puisque nous voyons Jean-Baptiste offrant l’eau du baptême dans une coupe qui est déjà peut-être la coupe amère du jardin des Oliviers ou encore la coupe du repas eucharistique.

On peut rapprocher cette peinture de la statue se trouvant au fond de l’abside, sur le mur de gauche, présentant une figure assez rare de Jésus-prêtre, assis, tenant une coupe dans ses mains XVIème siècle.

Enfin nous rencontrons dans l’absidiole de gauche, presque cachée, une partie de la fresque en partie effacée du festin d’Hérode qui fut suivi de la décapitation de Jean-Baptiste au terme d’une promesse de repas arrosé.

Jean le Baptiste et la vierge Marie se croisent donc, dans la mort et dans la vie dans cette petite église d’Azet où des générations de bergers et de paysans, sans beaucoup d’instruction, ont pu nourrir leur foi dans une catéchèse de la beauté en images. Comme l’a écrit un écrivain chrétien orthodoxe en parlant des icônes : "La beauté est une fenêtre ouverte sur le Royaume de Dieu qu’elle anticipe".

Aimons et préservons notre patrimoine culturel et religieux

Soeur Marie-Christine


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