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29-06-2019

Bernadette, une « petite sotte »
que Marie vouvoyait avec un grand respect
et regardait comme une personne


Sainte Bernadette, thème pour l’année 2019
dans les sanctuaires de Lourdes

NOTA : Les mots de Bernadette sont repérés en rouge.

Bernadette

Bernadette

L’histoire de cette petite Pyrénéenne que sa supérieure au couvent de Nevers traitait de « petite sotte qui n’est bonne à rien » le jour de sa profession de religieuse (au moment de la distribution des « obédiences » devant l’évêque de Nevers) concerne une personnalité attachante et vraie dont le trait de caractère dominant a toujours été d’être elle-même, authentique, en dépit de toutes les pressions exercées, entre jalousie (être visitée par Marie ce n’est pas rien !) et adulation, les deux pénibles pour Bernadette. Elle refusait farouchement d’être sur le devant de la scène. En somme, surtout, ne pas jouer à la vedette.

Cependant elle ne manquait pas d’affirmer : « J’ai vu, je ne peux pas dire autrement… Jamais je n’aurais pu dire que je n’ai pas vu ou entendu ».

Elle ose dire avec candeur l’ambition de « devenir une grande sainte ». Tout en reconnaissant avec une grande simplicité que les saints sont très imparfaits : « Je voudrais qu’on dise les défauts des saints et ce qu’ils ont fait pour se corriger cela nous servirait bien plus que leurs miracles et leurs extases ».
Sa supérieure était farouchement opposée, de son vivant, à ce qu’on introduise la cause d’une éventuelle canonisation.

Sur elle-même, elle pose un regard lucide et reconnaît des défauts bien humains que sa maîtresse des novices se complaisait à souligner : « caractère très raide, très susceptible ». Bernadette parlant d’elle-même l’admet : « Moi si pressée, si raide, entêtée, obstinée ».
« Sœur Marie Bernard n’est bonne à rien » répète sa supérieure et elle de confirmer : « La mère générale ne se trompe pas, c’est bien vrai ».

La vie ne lui a pas fait de cadeaux. On dirait de nos jours qu’elle a appartenu au quart-monde où les pauvres connaissent bien des contraintes, des souffrances.
D’une famille très unie de 9 enfants, 5 vont mourir jeunes, Bernadette est l’aînée de la fratrie et assure avec beaucoup de sérieux le rôle qu’on accordait à l’aîné (homme ou femme) dans la société pyrénéenne de ce temps.

Mais Bernadette a été presque toujours malade à la suite d’un choléra mal soigné contracté alors qu’elle avait 10ans et qui entraîna un asthme chronique. Le cachot où vit la famille est humide, rempli de vermine. Le père fait de la prison à la suite d’une fausse accusation de vol de farine. En somme, ce sont des indigents, car la gestion du moulin est désastreuse. Bernadette qui aimait beaucoup son père a été très affectée par son incarcération.

Elle meurt jeune (à peine 35ans) après avoir reçu 4 fois l’extrême-onction. Elle a frôlé la mort au point de faire sa profession religieuse alors qu’elle était alitée. On a fait venir l’évêque de Nevers à 10h du soir. Avoir un corps souffrant c’est exigeant sur le plan spirituel, elle craint de lui accorder trop d’importance. « Plus nous accorderons à notre corps, plus il nous demandera ». C’était la conception de l’époque.

À 14ans (au moment des apparitions), Bernadette ne sait ni lire ni écrire, elle parle mal le français, s’exprime en patois. Il y a peu d’argent à la maison, aussi pour qu’il y ait une bouche de moins à nourrir, la voilà placée chez sa nourrice à Bartrès, où elle fait office de petite bonne.

Elle va faire de « Dame Pauvreté » qu’elle n’avait pas choisie - contrairement à saint François, la compagne incontournable toujours là, présente.

Sur son lit de mort, elle, la fille du meunier s’exclamait : « Je suis moulue comme un grain de blé, je n’aurais jamais cru qu’il faut tant souffrir pour mourir ».

Elle ne s’est jamais habituée à vivre dans cette indigence. Elle s’est indignée un jour de découvrir son petit frère affamé, tromper la faim en mangeant la cire des brûloirs dans l’église paroissiale.

Elle finit par accepter sa propre maladie « comme une caresse du Seigneur » et jamais elle ne demandera pour elle-même la guérison, seulement que le Seigneur lui donne la force pour vivre l’épreuve de la maladie.

Elle connaîtra aussi la souffrance du combat spirituel qui atteindra son apogée sur le lit de mort. On l’entendit répéter la nuit du lundi de Pâques de sa mort : « Va-t’en, Satan ! ». Elle parlait de livrer bataille « aux ennemis intérieurs de Jésus et de son âme ».

La ronge parfois aussi le découragement : « J’ai peur ! J’ai reçu tant de grâces ! Et j’en ai si peu profité ! ». Elle souffre alors de « ne pas aimer assez le Seigneur ».

S’introduit même en elle le doute si douloureux d’avoir été victime d’une illusion. En aurait-elle été victime ? À l’évêque de Rodez qui l’interroge sur les apparitions, elle lâche avec lassitude, 20 ans après les faits : « C’est déjà bien loin, toutes ces choses, je ne m’en souviens plus, je n’aime pas trop en parler, car mon Dieu, si je m’étais trompée ! » (livre de l’historien Jean-François Soulet - éditions Cairn).

Mais il n’y a pas eu en elle, de complaisance morbide pour se faire souffrir. Elle fait preuve, dans la détresse, d’un humour bien trempé. À une soeur qui l’invite au courage, lui rappelant que la joie et la récompense sont au bout de l’épreuve, elle réplique : « Oui, mais le bout est loin à venir ».

Ce qui me séduit particulièrement en elle, c’est son bon sens de paysanne qui sait faire face aux aléas de la vie sans trop se prendre au sérieux, avec humour.

2019, année Bernadette

2019, année Bernadette

Elle refuse systématiquement de jouer à la vedette, d’être au centre de l’attention. Ah ! Les séances interminables chez le photographe ! (plus de 75 photos). Impossible d’y échapper. Elle apparaît sur toutes, sérieuse, parfois comme agacée.
« Le Seigneur s’est servi de moi comme il s’est servi des bœufs de Bétharram qui pendant leur travail, se sont arrêtés à l’endroit où était enfouie la statue miraculeuse de la Sainte Vierge ».
Elle se compare aussi à un balai qu’on range derrière une porte, le travail achevé : « Que fait-on d’un balai ? Quelle question, on s’en sert pour balayer. Et après ? On le remet à sa place. Où est sa place ? Dans un coin, derrière la porte. Eh bien ! C’est mon histoire, c’est ma place, j’y suis heureuse et j’y reste ».

Elle reconnaît avec humour ses limites et plaisante avec elles. « Quand je serai morte, vous prierez bien pour moi, parce qu’on dira : oh ! Cette saintoune ! Elle n’en a pas besoin. Et moi, on me laissera griller au purgatoire ».
Autre anecdote plaisante : Un jour du mois de mai, elle s’installe dans une petite galerie qui, dans la chapelle du couvent, longe la tribune. « Que faites-vous là ? » lui demande-t-on. « Je me mets en niche pendant ma vie, de peur de ne pas y être après ma mort ».

Sa liberté de parole est intacte dans les interrogations avec les autorités civiles ou religieuses. Au maire de Lourdes qui se gaussait qu’au cours de la 9e apparition on l’ait vue manger de l’herbe sur ordre de la Dame, elle ironise à son tour : « Et vous, Monsieur le Maire, vous mangez bien de la salade sans être une vache ».

Loin d’être une exaltée, elle a su garder les pieds sur terre sans perdre la tête. Un petit détail qui en dit long : après la 1re apparition, elle n’oublie pas de recueillir le bois mort ramassé à Massabielle. Elle était venue pour ça.
Du bon sens qu’elle exprime dans un style populaire très savoureux : « On dit qu’il y a des Saints qui ne sont pas allés tout droit au ciel parce qu’ils ne l’avaient pas assez désiré. Ce n’est pas mon cas. Ici-bas, on se crotte ».

En parlant de la Vierge Marie des apparitions, elle dit affectueusement qu’elle est « mignonnette » insistant sur sa taille de jeune fille (1m40 comme elle).
Lorsqu’on lui présenta la statue pour la grotte, réalisée en 1864, elle s’exclama spontanément « Non, ce n’est pas Elle ! » ; elle ne fut pas présente à l’inauguration de la statue (elle était malade !). 

Quelle franchise ! Dans les interrogatoires nombreux qu’elle a dû subir, elle parle avec sobriété, prudence, essayant d’être la plus exacte possible, d’abord elle parle d’une dame puis d’Aquero (cela). Souci d’être vrai avant tout, sans emphase.

Elle connaît son monde et sait faire preuve de perspicacité dans la conduite à tenir. On peut dire qu’elle n’est pas née de la dernière pluie. À l’infirmerie de l’hospice de Lourdes, lorsqu’elle soignait, surtout si c’était des hommes, elle laissait la porte entrouverte.

Elle craint qu’à sa mort, ses compatriotes lourdais veuillent récupérer son corps (c’est d’ailleurs le souhait exprimé en ce moment). « On fera bien des tentatives pour avoir ma malheureuse carcasse, mais en vain ».

En elle, point de dogmatisme, un esprit libre. Dans une lettre en 1870 à son père, elle parle des Prussiens qui s’approchent de Nevers : « Je ne les crains pas, Dieu est même au milieu des Prussiens ». Pas de fanatisme patriotique donc.

Quoique d’origine très pauvre, elle a toujours refusé les aides matérielles proposées à elle ou à sa famille. Elle avait horreur de ce genre de corruption. Elle se présente telle qu’elle est : « Oh ! je suis un caillou, c’est bien ça, une entêtée ! », « La Sainte Vierge s’est servie de moi comme d’un caillou qu’elle a ramassé sur son chemin ».

Elle est désarmante lorsqu'elle parle des efforts peu concluants pour apprendre le catéchisme à 14ans : « Je n’apprendrai jamais rien. Il faudrait que vous m’enfonciez le livre dans la tête ».

À ras de terre, mais le cœur grand ouvert aux choses de Dieu, elle a une vie spirituelle profonde. À ses consœurs qui au cours d’une conversation évoquaient leur désir de faire des pèlerinages merveilleux : Rome, Jérusalem, etc..., Bernadette avec simplicité avoue : « Moi, le voyage que j’aimerais faire c’est de sortir de mon "moi" pour rentrer dans le "moi" de Jésus-Christ ».

Elle se méfie de toute notoriété où risque de se glisser de la vanité. Elle a conscience de sa fragilité : « Il n’importe pas de faire beaucoup de choses et des choses éclatantes, mais de faire la volonté de Dieu parce que c’est là tout l’Évangile ». Faire la volonté de Dieu c’est être fidèle à ses engagements : elle avait promis à Marie de revenir à la grotte pendant 15 jours, elle l’a fait.

Elle se plaint qu’on la fait voir comme un animal de cirque : « Soit ! que je me montre en spectacle comme une bête, pourvu que je sois la bête du Bon Dieu ».
Elle cherche à se protéger des curieux, le couvent a été pour elle un refuge. Elle fuit les interminables interviews en se réfugiant dans sa « chapelle blanche » : des voiles et des rideaux entourant son lit à l’infirmerie.
Elle était agacée de savoir qu’on vendait 10 centimes une photo d’elle à Lourdes.

Sa maîtresse des novices l’avait mise en garde au début du noviciat : « Maintenant soeur Marie Bernard, nous allons entrer dans le temps des épreuves ». Et elle de supplier : « Ma mère, je vous en prie, vous n’irez pas trop vite ».

Elle relisait souvent pour se réconforter, la Règle de la Congrégation, les Constitutions et les engagements proposés. Elle y voyait un chemin pour arriver à faire la volonté de Dieu. Elle s’appliquait aussi à vivre les pratiques de religiosité populaire : bien faire le signe de croix (la Dame lui avait montré comment), le rosaire, etc... Elle prend très au sérieux la mission reçue de la main de l’évêque de Nevers, le jour des « obédiences » : « Je vous donne l’emploi de la prière ».

Bernadette en 1863

Bernadette en 1863
photo Billard-Perrin

Elle veillera avec beaucoup de fermeté sur l’accompagnement spirituel de sa famille (cousins, frères et soeurs) et surtout insistera pour que sa propre notoriété ne rejaillisse pas sur sa famille sous la forme de faveur. Elle écrit à son petit frère Pierre : « Je ne serais pas contente que tu te fasses prêtre pour te faire une position, j’aimerais mieux que tu fasses chiffonnier ».

Elle sait aller à l’essentiel « faire tout pour plaire à Dieu ». Faire le mieux possible, mais aussi se laisser faire, être souple. « Il faut que nous soyons souples dans sa main divine afin qu’il puisse faire de nous ce qu’il prétend, c’est-à-dire des Saints et de grands Saints. Mettons-nous entre ses mains comme un morceau de bois dont on veut faire une belle statue, laissons-nous couper et raboter ».

Elle se méfie du sentimentalisme : « Je n’ai pas grande foi dans une retraite qui serait toute sentimentale. Parce que les sentiments qui viennent du coeur sont trop vifs, pour qu’ils puissent durer longtemps, mais voici ce que j’aime : c’est une volonté forte et bien arrêtée d’être à Dieu, de ne chercher que lui, être disposé à tout souffrir pour sa gloire... tout le reste, rien, rien ».

Le service auprès des malades fut pour elle le lieu par excellence où son amour pour Dieu pouvait s’incarner. À une autre soeur travaillant à l’infirmerie, elle confiait : « N’oublie pas de voir Notre Seigneur dans la personne du pauvre, et plus le pauvre est dégoûtant, plus il faut l’aimer ».
En soignant les pauvres, il faut savoir « se retirer avant de recevoir un remerciement, car on est suffisamment récompensé par l’honneur de les soigner ».
Renforcer ainsi notre relation avec un Dieu miséricordieux, sensible à la souffrance, voilà ce qui est important.

Son amour pour l’eucharistie fut intense, fruit d’une longue attente (elle a fait sa 1re communion seulement à 14ans). « Jésus me donne son coeur, je suis donc coeur à coeur avec Jésus, épouse de Jésus, amie de Jésus, c’est à dire un autre Jésus ».
Dans une Action de grâce profonde pour ce Dieu qui s’abaisse jusqu’à nous. « Quelle bonté de la part de Jésus de s’abaisser jusqu’à se donner à nous ! ».

Quant au sacrement de la réconciliation, elle exprime d’une façon ingénue, mais vraie, ses réticences naturelles. Elles sont aussi souvent les nôtres, hélas ! 
« Si je pouvais secouer la poussière de mon âme comme on secoue celle du tapis de l’autel, ce serait plus commode que d’aller se confesser ».
Le péché, une poussière ?

Combien donc est inappropriée la remarque d’une visiteuse qui, à Nevers, voulait connaître la soeur Bernadette. On la lui désigne : « Mais la voilà ! ». Et la personne de s’exclamer « Ça ? ». Soeur Marie Bernard qui entend l’interrogation de rétorquer avec malice : « Mais oui, Mademoiselle, ce n’est que ça ! ».

En conclusion : J’espère que j’ai respecté le désir de Bernadette en écrivant sur elle, « ce qu’on écrira de plus simple sera le meilleur », car avait-elle dit « Soyons vrais ! À force de fleurir les choses, on les défigure ».

Quelques phrases encore :

Réflexion d’une religieuse de Nevers :
« Il y avait tant de jeunes filles distinguées à Lourdes, je ne comprends pas que la Vierge ait choisi Bernadette »

Apparition et bonheur :
« Que mon âme était heureuse quand j’avais le bonheur de vous contempler »

Quand se termine le cycle des apparitions :
« Maintenant, je suis comme tout le monde » (= rencontrer le divin seulement dans la foi)

 

Petite Soeur Marie-Christine


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