CHEZ NOUS, DANS LES ANNÉES CINQUANTE…

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05-07-2018

"Les Sapins Verts" 1955

PROBLÈME D'HORAIRE

NOTRE PETIT TOUR D’HORIZON

* Qu’il eut raison notre grand La Fontaine d’écrire: « On ne peut pas contenter tout le monde et son père »

Un vieux curé va nous dire comment une fois il en fit l’expérience.

Arrivé à un nouveau poste, il voit avec émotion ses trois paroisses s’échelonnant à une certaine distance qui ont l’air de défier ses forces. Précédemment les deux annexes n’avaient qu’un service de quinzaine. « Il faut, se dit le vieux Pasteur, que la messe y soit dite chaque dimanche ; ce sera assez difficile et assez pénible, mais pas impossible. »

À la première prise de contact avec les fidèles d’une annexe, il s’exprime ainsi : « Vous aurez la messe chaque dimanche, mais bien entendu, à la condition que vous vous leviez de bien bonne heure. »
Aux fidèles de la paroisse résidentielle, il dit : « Un sacrifice vous sera demandé : celui d’accepter de reculer un peu l’heure du dîner pour me permettre de dire mes trois messes. Grâce à ce sacrifice, les deux annexes auront leur messe chacune et elles vous en seront fort reconnaissantes. »
Le curé comprend qu’on s’inclinera volontiers devant ses désirs. Les premiers servis acceptèrent de quitter le lit un peu plus tôt ; les derniers, de se mettre un peu plus tard à table. Quant à ceux qui auront la deuxième messe, ils seront les privilégiés : ni trop tôt, ni trop tard.

Et cependant un dimanche, une dévote attend M. le Curé, à la sortie de la messe et lance à ses oreilles cette splendide apostrophe : « Mais, est-ce que vous allez toujours nous prendre pour des B.A.T.A.R.D.S. ? Nous n’avons jamais la troisième messe. De temps en temps ça nous ferait plaisir. Car toujours la deuxième, même à une heure propice, ça devient monotone. »
Le vieux curé répond par un sourire. S’acheminant vers sa troisième paroisse, il se rappelle la réflexion du grand homme Poincaré, jetée à la face des partis extrémistes qui l’insultaient au Parle­ment : « Je suis le vieux parapluie qui en a reçu des averses. »

Et ce vieux curé alors ?


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